Le GMROI

Définition

Le GMROI mesure la marge brute dégagée par unité de capital immobilisé en stock. Il répond à une question qu’aucun autre indicateur du domaine ne pose : ce stock rémunère-t-il l’argent qu’il consomme ? Sa vertu est de combiner en un seul chiffre deux dimensions que l’on regarde d’habitude séparément, la marge et la rotation, et de rendre comparables des familles dont les modèles économiques n’ont rien à voir.

Signature de la fiche
Marge et rotation, un seul rendement
Familles positionnées par rotation et par marge 60% 0 marge brute 1 rotation 12 rotations Les courbes sont des lignes d’égal GMROI : même rendement, équilibres différents. Au-dessus du seuil, la famille rémunère le capital qu’elle immobilise.
Seuil GMROI
·
Familles au-dessus
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Part du stock
·
Faites glisser le seuil : la courbe dorée sépare ce qui rémunère le capital de ce qui le consomme.

Pourquoi ça compte

Le stock est un investissement.

Tous les indicateurs précédents décrivent le stock comme une contrainte à réduire. Le GMROI change de posture : il le traite comme un investissement, dont on attend un rendement. La question n’est plus combien de stock, mais combien ce stock rapporte, et cette reformulation change complètement les décisions qui en découlent.

Sa construction est éclairante. Une famille peut être rentable de deux façons opposées : dégager une marge élevée sur des volumes lents, ou une marge faible sur des volumes rapides. Prises séparément, ces deux dimensions donnent des verdicts contradictoires, et chaque fonction de l’entreprise défend naturellement la sienne. Le GMROI les réconcilie en un seul chiffre.

La signature matérialise cette réconciliation par les courbes en pointillé, qui sont des lignes d’égal rendement. Tous les points situés sur une même courbe rémunèrent identiquement le capital, alors que leurs équilibres économiques sont radicalement différents. Un article à quarante pour cent de marge tournant deux fois par an et un article à quinze pour cent tournant huit fois se valent exactement.

C’est ce qui en fait l’indicateur de référence des arbitrages d’assortiment, particulièrement dans la distribution et le négoce. Il permet de comparer des familles que rien d’autre ne rend comparables, et de fonder une décision de référencement sur un critère financier unique plutôt que sur la juxtaposition d’arguments commerciaux et logistiques.

Impact business

Le seuil que l’on retient n’est pas neutre, et la signature invite à le manipuler pour s’en convaincre. Trop bas, presque toutes les familles passent et l’indicateur ne discrimine rien. Trop haut, il condamne des gammes qui remplissent une fonction que le calcul ne voit pas. Le bon niveau se situe au voisinage du coût du capital augmenté du coût de possession, ce qui lui donne un fondement économique plutôt que conventionnel.

La limite principale tient à ce que l’indicateur ignore. Une référence peut afficher un rendement médiocre et rester indispensable, parce qu’elle attire le client, complète une gamme, ou sécurise un contrat qui porte, lui, l’essentiel de la marge. Le GMROI est un excellent instrument de tri, jamais un décideur automatique.

La leçon d’expert consiste à l’utiliser comme un révélateur d’écarts plutôt que comme un couperet. Les familles qui s’écartent nettement du seuil, dans un sens comme dans l’autre, méritent une explication. Celles qui rémunèrent très bien signalent souvent une opportunité d’élargissement ; celles qui rémunèrent mal appellent une décision explicite, renégocier la marge, accélérer la rotation, ou assumer de les conserver pour une raison documentée.

Le mécanisme

Une marge rapportée à un capital.

Le calcul rapporte la marge brute dégagée sur une période au stock moyen détenu pendant cette période, évalué au coût. Un résultat de deux signifie que chaque euro immobilisé en stock a produit deux euros de marge brute sur la période, ce qui donne à l’indicateur une interprétation immédiate en termes de rendement.

Une réécriture rend sa structure très parlante. Le GMROI est le produit du taux de marge par la rotation, à un ajustement près lié au fait que la marge se mesure sur le prix de vente et le stock au coût. Cette décomposition explique pourquoi deux leviers seulement existent pour l’améliorer : vendre avec plus de marge, ou faire tourner plus vite. Aucun troisième chemin n’existe.

Elle indique aussi où porter l’effort selon la position de la famille. Sur une référence à forte marge et rotation lente, l’amélioration passe par la logistique, tailles de lot et délais. Sur une référence à faible marge et rotation rapide, elle passe par l’achat et le prix. Le même indicateur désigne donc deux plans d’action différents selon l’endroit du plan où l’on se trouve.

Deux précautions de calcul s’imposent. Le stock moyen doit être évalué au coût, comme la base du rendement, faute de quoi l’indicateur est mécaniquement surestimé. Et il doit être calculé sur plusieurs points de l’année, car un GMROI construit sur un stock de clôture, généralement bas, produit un rendement flatteur qui ne reflète pas le capital réellement mobilisé.

GMROI = Marge brute / Stock moyen au coût Taux de marge · Rotation
La marge brute se mesure sur la période, le stock moyen au coût et sur plusieurs points, jamais sur une seule clôture. La seconde écriture montre que l’indicateur n’a que deux leviers, la marge et la rotation, et qu’ils sont substituables : une marge de 40 % avec 2 rotations équivaut à une marge de 15 % avec environ 8 rotations. Repère d’interprétation : un GMROI de 1 signifie que le stock rembourse tout juste le capital qu’il immobilise ; le seuil pertinent se situe au-dessus du coût du capital augmenté du coût de possession.

Les pièges

Trois erreurs sur le GMROI.

01

En faire un couperet automatique

Sortir de l’assortiment toute famille sous le seuil ignore les références qui attirent le client, complètent une gamme ou sécurisent un contrat. L’indicateur trie et signale ; il ne remplace pas la décision commerciale qu’il doit éclairer.

02

Mélanger les bases de valorisation

Une marge calculée sur le prix de vente rapportée à un stock valorisé lui aussi au prix de vente donne un chiffre sans signification. Le dénominateur doit être au coût, faute de quoi les comparaisons entre familles et entre entreprises perdent toute valeur.

03

Le calculer sur un stock de clôture

Les stocks de fin d’exercice sont généralement au plus bas de l’année. Un rendement construit sur ce seul point surestime la performance et masque le capital réellement mobilisé pendant les mois de forte détention.

La mise en œuvre

Cinq pas pour arbitrer un assortiment.

Fixer les bases de calcul

Marge brute sur la période, stock moyen au coût sur douze points. Ces deux conventions déterminent la comparabilité de tout ce qui suivra.

Positionner les familles sur le plan

Représenter chaque famille par sa rotation et son taux de marge, avec une taille proportionnelle au capital qu’elle immobilise. La lecture visuelle précède le classement.

Fonder le seuil sur le coût du capital

Retenir un seuil dérivé du coût du capital augmenté du coût de possession, plutôt qu’une valeur conventionnelle. Le seuil devient alors défendable devant la direction financière.

Traiter les écarts, pas la moyenne

Concentrer l’analyse sur les familles nettement au-dessus et nettement en dessous du seuil, et exiger une explication documentée pour chacune.

Choisir le levier selon la position

Agir sur la logistique pour les familles à forte marge et rotation lente, sur l’achat et le prix pour celles à faible marge et rotation rapide. Le même écart appelle deux plans d’action distincts.

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