Le min-max

Définition

La politique min-max, notée (s, S), déclenche une commande dès que la position de stock atteint le minimum, et commande de quoi remonter jusqu’au maximum. Elle combine le déclencheur de la revue continue et le recomplètement de la revue périodique. C’est la politique la plus répandue dans les progiciels de gestion, et probablement la plus mal paramétrée, car l’écart entre les deux bornes est très souvent fixé sans aucun calcul.

Signature de la fiche
L’écart qui fait le stock
max min temps stock
Minimum
·
Maximum
·
Commandes / an
·
Faites glisser l’écart : c’est lui, et non le minimum, qui pilote le stock de cycle.

Pourquoi ça compte

La politique que tout le monde utilise sans la calculer.

Demandez à n’importe quelle entreprise comment elle réapprovisionne : dans la grande majorité des cas, la réponse tiendra en deux nombres par référence, un minimum et un maximum. C’est la politique par défaut de presque tous les progiciels de gestion, celle que les équipes manipulent au quotidien et qu’elles comprennent intuitivement. Sa force est là, dans son évidence opérationnelle.

Sa faiblesse est du même ordre. Parce que ces deux nombres sont faciles à saisir, ils sont très souvent posés à la main, arrondis, recopiés d’une référence à l’autre, ou dérivés d’une règle simple du type le maximum vaut deux fois le minimum. Or ces deux bornes ne répondent pas du tout à la même question et n’obéissent pas à la même logique économique. Les fixer d’un même geste revient à décider au hasard une part majeure du capital immobilisé.

Le minimum est un point de commande : il répond à la question du moment, il doit couvrir la consommation pendant le délai et l’aléa qui l’accompagne. Le maximum, lui, ne protège de rien. L’écart entre les deux bornes est, très exactement, la taille de lot que l’on se donne, donc le stock de cycle que l’on décide de porter. Deux raisonnements distincts, deux calculs distincts.

C’est ce qui fait de cette fiche un point de convergence du domaine. Le minimum vient du point de commande et du stock de sécurité ; l’écart vient de la quantité économique et du stock de cycle. Quand ces deux briques sont posées correctement, le min-max devient une politique performante. Quand elles sont devinées, il devient la plus coûteuse des habitudes.

Impact business

Dans la plupart des audits de paramétrage, le constat se répète : les minimums ont fait l’objet d’une forme de réflexion, les maximums presque jamais. Ils résultent d’un multiple appliqué uniformément, d’un arrondi à la palette ou d’une valeur reprise lors d’une migration ancienne. Comme l’écart entre les deux bornes détermine à lui seul le stock de cycle, cela signifie qu’une part considérable du bilan a été fixée sans arbitrage.

Un second point mérite l’attention des praticiens, celui du dépassement du seuil. Quand la demande arrive par à-coups, une commande importante peut faire plonger la position de stock nettement en dessous du minimum avant que le déclenchement ne soit traité. Le tampon réellement disponible est alors plus mince que celui qui figure dans les paramètres, et le service constaté déçoit sans que le calcul paraisse fautif.

La leçon d’expert tient en une méthode simple. Poser le minimum par le point de commande, poser l’écart par le calcul économique du lot, ajouter une marge au minimum lorsque la demande est heurtée, et surtout industrialiser la révision de ces couples de paramètres. Un min-max juste est un min-max vivant : dans les portefeuilles de plusieurs milliers de références, ces valeurs se recalculent, elles ne se ressaisissent pas.

Le mécanisme

Deux bornes, deux raisonnements.

Le fonctionnement est immédiat. À chaque mouvement, on compare la position de stock au minimum. Tant qu’elle est au-dessus, rien ne se passe. Dès qu’elle l’atteint ou passe en dessous, on commande la différence entre le maximum et la position constatée. La commande remonte donc toujours au plafond, mais son volume varie selon le niveau atteint au moment du déclenchement.

Le minimum se calcule comme un point de commande classique : la demande moyenne multipliée par le délai, augmentée du stock de sécurité correspondant au niveau de service visé. Il porte toute la protection contre l’aléa et ne dépend en rien de la fréquence de commande souhaitée.

Le maximum ne se calcule pas directement : c’est l’écart qui se calcule. Cet écart est la taille de lot, et il relève de l’arbitrage entre coût de passation et coût de possession, donc du raisonnement de la quantité économique. La signature ci-dessus le rend visible : en élargissant la bande, on espace les commandes et l’on épaissit le stock moyen, exactement comme en jouant sur la taille de lot, tandis que la ligne du minimum, elle, ne bouge pas.

Reste le cas des demandes heurtées, où une seule commande client peut franchir le seuil de très loin. La quantité commandée doit alors combler ce dépassement en plus de reconstituer le lot, et la protection effective se trouve entamée pendant le délai qui suit. La parade consiste à majorer le minimum pour tenir compte de l’ampleur typique de ces sauts, plutôt qu’à élargir la bande, qui ne protège de rien.

s = D · L + SS      S s Qéco
s le minimum, calculé comme un point de commande : consommation pendant le délai plus stock de sécurité. S le maximum, qui se déduit du minimum en lui ajoutant la taille de lot économique Qéco, arrondie aux conditionnements. Deux propriétés à retenir : le stock de cycle moyen vaut la moitié de l’écart entre les bornes, et le nombre de commandes par période vaut la demande divisée par cet écart. Sur demande heurtée, majorer s de l’ampleur typique du dépassement observé au franchissement.

Les pièges

Trois erreurs sur le min-max.

01

Fixer le maximum comme un multiple du minimum

La règle du maximum égal à deux ou trois fois le minimum est confortable et sans fondement. Elle lie une borne qui protège de l’aléa à une borne qui fixe la taille de lot, alors que les deux répondent à des logiques indépendantes. Résultat : le stock de cycle de tout le portefeuille est fixé par une convention, pas par un calcul.

02

Ignorer le dépassement du seuil

Sur des demandes qui arrivent par blocs, la position de stock ne s’arrête pas poliment au minimum : elle le franchit largement. Le tampon effectivement disponible pendant le délai suivant est donc inférieur au tampon paramétré, et le service constaté reste durablement en dessous de la cible.

03

Laisser les paramètres se figer

Ces couples de valeurs vieillissent silencieusement. Les délais s’allongent, la demande se déplace, les conditionnements changent, mais les bornes restent celles de la mise en service. Sur plusieurs milliers de références, la seule réponse tenable est le recalcul automatisé et périodique, pas la ressaisie.

La mise en œuvre

Cinq pas pour des bornes justes.

Auditer les couples hérités

Extraire les minimums et maximums en vigueur et repérer les signatures d’un paramétrage non calculé : rapports constants entre les deux bornes, valeurs rondes, paramètres identiques sur des références aux profils très différents.

Poser le minimum par le point de commande

Recalculer chaque minimum comme D·L + SS, avec un niveau de service différencié par segment. Cette borne porte toute la protection, elle ne se négocie pas au jugé.

Poser l’écart par l’économie du lot

Déduire l’écart entre les bornes du calcul de quantité économique, puis l’arrondir au conditionnement pratique. C’est ce chiffre, et lui seul, qui détermine le stock de cycle porté par la référence.

Corriger l’effet de dépassement

Sur les références à demande heurtée, mesurer de combien la position franchit typiquement le seuil et majorer le minimum en conséquence, afin que le tampon paramétré corresponde au tampon réellement disponible.

Industrialiser la révision

Mettre en place un recalcul périodique automatisé des couples, avec une revue par exception des écarts les plus importants. Sur un portefeuille étendu, c’est la seule façon d’éviter que les paramètres ne se figent à nouveau.

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